16 avril 2010

Printemps 2010 / millésime 2009

Cette année je ne commercialiserai aucun vin en primeur. Ce système de vente, quand il s'adresse à des particuliers, est trop éloigné de mon approche. De plus, le millésime 2009 n'offre pas forcément des garanties de qualité (fraîcheur, complexité, aptitude au vieillisement) supérieures à celles de certains des derniers millésimes. Par ailleurs, j'ai sélectionné depuis le mois de mars 2010 des vins disponibles du millésime 2009 et j'en sélectionnerai encore au fil des mises en bouteilles, comme pour chaque millésime.
Je fais remarquer par ailleurs que le millésime 2005 - très demandé pendant la "campagne de vente des primeurs" - est encore en cours de commercialisation pour de grands vins de diverses régions (et certains ne sont pas encore disponibles). Il n'y avait donc pas (ou très peu) de raisons de se bousculer et de générer une spéculation éphémère par l'achat anticipé de grands crus supposés.
Les vins ne doivent pas être résumés par leur millésime, il faut choisir chaque cuvée pour ses qualités propres.
La campagne de Primeurs 2009 se présente comme "exceptionnelle", 2009 est parfois annoncé (à Bordeaux) comme le nouveau 1945, 1961 ou 1982. Sur quelles bases ? Les conditions météorologiques ? Les volumes produits ? Les degrés potentiels ? La dégustation des jus en cours d'élevage ? Soyons sérieux, il ne s'agit que d'une évaluation des potentiels, des tendances...
Le principe de l'achat en primeur est simple : il s'agit de réserver vos vins en payant toute ou partie de leur prix (souvent l'équivalent du montant HT, le solde étant dans ce cas payé avec le transport lors de la mise à disposition) en attendant leur mise en bouteille. Vous payez donc environ 2 ans avant que les vins ne vous soient livrés (pour la majorité des "grands crus") avec la prise de risque de la défaillance du vendeur mais surtout l'obligation de vous décider très tôt, avant de connaître l'avis des "experts" (et le vôtre) quand le vin sera en bouteille, le risque d'acheter sur la base de commentaires de dégustation plus ou moins fiables (je sais, je déguste beaucoup en cours d'élevage) et plus ou moins manipulés.
Votre intérêt ? Acheter à bons prix des vins qu'il vous sera peut-être difficile de trouver quand ils seront sur le marché... Enfin, si vous avez choisi "les bons". Mais combien de ces achats vous regretterez ?
Bordeaux mais également la Bourgogne, la Vallée du Rhône, le Sud-Ouest... tout le monde veut en profiter mais y-a-t'il un réel profit pour quelqu'un ?
D'un autre côté, les Beaujolais primeurs (et d'autres) sont vendus en bouteille (sous la dénomination commune "vin nouveau") afin de permettre à chacun de boire un vin qui est la réelle image du travail d'un vigneron. Vous achetez, vous buvez, vous aimez (ou pas), vous acheter (ou pas) dans ce millésime d'autres cuvées du même vigneron quand elles sont prêtes. C'est efficace, c'est équitable, c'est honnête, c'est à la portée "de tous".
Vendre un vin qui n'existe pas encore, vendre un placement foireux, je crois que la crise financière dont nous allons peut-être sortir, en démontre les limites.